07 juillet 2008
Duel à la Muse
A la dérive majestueuse qui anime nos corps, qui n’est pas tant, aujourd’hui, qu’un festin alangui, j’appose celle d’hier, quand mon corps roulait sur le tien, jusqu’à toucher le sol, à m’en briser les os. Ce n’était pas moment formidable pour moi que cette intrusion dans la chair meuble et offerte, tout juste une déraison. Le sourire est endomorphine, et l’été, lénifiant, condamne les caresses à la sueur. L’odeur de l’épiderme, qui est drame, la suie, qui nous recouvre, s’étale, comme du sperme, sur le torse, tandis qu’une musique lourde et oppressive se diffuse, massive, dans l’air chaud.
Nous avons inversé un instant l’ordre du monde, pour l’éternité ; toute éternité passagère que la mémoire conserve et que les mots ordonnent à l’avenir, pour l’avenir, séditieuse sentence et crime reconduit. Il m’a dit ainsi que les mystères du monde, ceux que l’on ne conçoit plus, sont des énigmes vivantes, que la chair ne peut résoudre et qu’un instant, un bref instant, cependant, tel le poète qui inspecte le possible d’une création, l’hédoniste, le possible d’un désir écumé, consommé, ses lèvres géantes, oppressantes, avides de connaissances, se sont abouchées au sanctuaire délétère par lequel s’écoule le féces.
06 juillet 2006
Unsexy cam

Il vous parle comme ça de la pluie et du beau temps, il vous parle des riens et des tous, parfois fait semblant, quand soudain, se réveille son coté animal, sexuel et fauve. Il ouvre la fonction S et la fonction M derrière son moniteur, improvise sans soumission des scénarios qui dépassent l’entendement et les expériences fugaces des camionnettes de Perrache, qui se monnayent dans l’obscurité discrète, entre deux bouches et quatre yeux qui ne sont pas les seuls orifices en présence.
Certes. Mais tout cela ne serait être autre chose que des mots et les mots ont des pouvoirs autrement efficaces que les actions. Et quand tu me dis que tu te prêterais avec ma personne au jeu du SM, il m’arrive de croire que la seule chose que tu désires est un câlin minable, au pire une petit pincement anodin, un crachotement sur tes lèvres grossières. Et pour cela même, dans un geste nonchalant, tu allumes ta cam et montre ton corps à l’inconnu qui refuse de se révéler à toi, ton torse découpé judicieusement, avantagé par les pixels grossiers d’une camera bon marché, offerte avec pour seul plaisir l’idée de te montrer, de dévoiler ce qui règne en dessous de ce torse coupé par un cadrage maniaque, la source de tous tes plaisirs, car tu n’intronises pas celui qui pourrait t’apporter les joies que tu convoites. Sombre connasse dont le plaisir est égoïsme.
Mais tu te mets en position, avec maladresse certes, dévoile ton sous-vêtement comme périmé par les ans, qui te donne une allure paysanne et ne laisse en rien deviner ce qui se cache, dessous, la profond : un phallus, une bite, ainsi qu’une paire de couille, tout cet attirail, ces breloques de chair que tu devras agiter mollement, et plus si affinité, pour celui dont tu es le dépositaire, une fois dévêtus de tous tes oripeaux. Et un et deux et trois, que vole l’étoffe, enfin glisse le long de tes cuisses, pour disparaître hors champ, parmi dieu sait quel tapis miteux recouvert d’acariens. Tu caches désormais ton sexe avec ta main, relève la caméra comme un robot et adresse un sourire satisfait à cet homme invisible, dont tu ne connais pas les réactions, mais les suppose dans tout ton égocentrisme.
Le plaisir que tu fais durer ne parle pas à mes sens, mais gonfle mon membre de curiosité. Sauras-tu, l’inconnu, redoubler d’imagination ? Les minutes ont passées ainsi dans ce jeu du dévoilement, de l’attente, jeu sibyllin, hormonal d’une parfaite dilettante, sans qu’aucune des fonctions S et M ne soient en phase avec l’image même que tu reflètes, comme si les lois physiques auxquelles tu t’assujettis dans ton action avait cédées au mental quelque chose de tribal et d’essentiel, de binaire et d’haletant. Tout cela, effectivement, qui te mène à l’action de branler sommairement et lourdement ta queue.
Je préférai à cela les mots… ou bien le contact réel d’une peau. Il va falloir éteindre cette fenêtre, cette caméra qui dévoile une solitude parfaite, comme on éteint la lumière avant de se coucher, dans l’attente d’un jour meilleur et rejouer au mental les plus belles fantaisies.
01 avril 2006
Le baiser

Je suis venu ce jour là de blanc vêtu quêter de toi ce que nous attendions l’un et l’autre chacun de notre coté, un lancinant baiser, baiser que tu m’as donné le plus simplement du monde, posant tes mains sur mes genoux, puis caressant mon dos pendant que ta langue maladroite s’enroulait avec la mienne au fil des secondes humides que tu tissais dans ma bouche.
Puis, j’ai retiré ma langue, le plus simplement du monde parce que l’exercice même de t’embrasser, déception aléatoire et subreptice, m’avait laissé sur les lèvres, au palais, contre mes muqueuses molles, sur ma langue trempée de tes secrétions lourdes, comme un goût de mort : j’ai su des l’instant que tu n’étais pas l’Homme de ma vie, n’envisageant pas, chaque jour qui se dessinerait, ce rituel du baiser avec ta langue malhabile qui tâtonne et semble ménager des effets néants. Tu n’es pas sensuel. Mais ta main qui glissait derrière mon dos était douce, câline, lovelace. Et tes mains étaient belles.
Mais tes caresses, si sincères et douces fussent-elle, auraient-elles pu achever ce que ta langue discrète et machinale n’a pas su apporter, dans la médiocrité et la non affirmation de ses mouvements répétitifs, à cet édifice sensuel que les êtres se forgent en se mélangeant, corps et bouches, langues et sexes ?
Et bien ma foi, cher ami, tes baisers indiquaient le bon chemin, celui à ne pas prendre, celui qu’il fallait éviter pour tomber dans les méandres de la décrépitude amoureuse…
Avec toi, je préférais jouir comme un porc.

