Le journal inversé

Eros et Thanatos... Confessions, reflexions, inepsies, labyrinthes, tranches de vie de l'écrivain Nicolas Raviere.

14 mai 2007

L'amour anathème

bradquer

C’est un ami impossible, aux confins de la chair, qui suppliant d’un cri, éteint son hémisphère, dans l’ombre d’un céans, la voûte de son néant, s’oublie à l’atmosphère et regarde son amant. Dans mes yeux, je le vois, sinistre et bien trop tendre qui, dans l’ombre de son verre, ondoie comme une feuille morte sur la sphère inégale des flots. Sous les rameaux qu’il me tend, les arrachant avec ses dents, il commet un sourire assassin et la procession de le suivre en Italie, à Rome et bien ailleurs aussi, dans les palaces du Quattrocento et chaque instant, chaque instant qu’il t’accorde est un répit à l’art dont il annule les beautés et vertus par sa seule présence car dans Tes yeux il est tout à cet instant même où il n’est plus exactement lui-même mais seulement dans tes yeux un reflet, celui de l’image qu’il se donne. Je sais que tu me comprends, que ces énigmes-là te sont familières mais cependant formulées par mes mots, mon langage, mes symboles, cela même qui te perd, tout comme la découverte d’une nouvelle chair inattendue et pire encore si celle-ci émerge à tes côtès dans le matin blême et que de tes mains, tu la touches une seconde fois et la redécouvre et tu dis alors que souvent l’anathème est quelque chose de délicieux, lors même que les frontières, nous nous les imposons souvent, parfois. Et tu te ris de ces évidences devant ta glace.

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14 avril 2007

Citronnade

bancs

J’aime du piano le ricochet cristallin, l’élévation doucereuse ou dantesque de ses notes dans l’espace, l’idée de ces deux bancs séparés, que la musique pourrait joindre, parce que la musique, art majeur, peut concilier les impossibles et briser les lois de l’espace, tout autant que celles du cœur. Soit.

Et je rêve, ai rêvé d’ailleurs, qu’une pianiste sans visage en jouait pour moi et moi seul dans une cathédrale, la Cathédrale Saint Etienne, à Sens, pour le détail,  une manière comme une autre, par son art, de me dire « je t’aime » et pour l’en remercier, je lui ai offert une corbeille de fleurs de ma composition, qu’elle a portée à ses narines, pour s’en gorger à l’infini.

Les bancs s’éloignent, les bancs se relient, et l’espace reste immuable.

La musique évaporée, reste les mots et les mots sont bien vains, comparés à l’art, la musique ; les mots sont des petites prisons, que l’on crée comme cela, comme des notes. Ils s’évaporent dans l’espace tout autant, mais ne se retiennent pas, parce que les mots ne sont pas mélodies. Nous ne sommes pas poètes, tu le sais, nous ne le sommes pas, assurément : comment produire instantanément des mots qui sonnent comme des chansons, ou des mélodies ? Nous sommes aussi vains que des bancs.

Mais elle m’a pris la main et confié à mi-mot : « allons boire un verre et nous parlerons musique. Que bois-tu cher ange ?

- Tes lèvres épaisses.

- Mais encore.

- Un martini.

- Un martini ?

- J’aime le martini. Ce doux liquide.

- Mais encore.

- Un martini avec un Citron.

- Un Citron ?

- Tous les arts possèdent leur citron, le tien également, mais tu ne le sais pas. Le citron, c’est l’élément vivant, interchangeable, lequel pourtant demeure, colore l’objet, lui confère une unicité sans être pour autant immortel, par sa nature périssable, naturelle. Lorsque tu nous émeus, avec ton piano, tu es le citron de ce piano. L’instrument vit et respire sans toi, il existe dans l’espace de manière sensible. Oblong, il rayonne, il en impose, mais c’est toi, mortelle, qui le fait vivre, et le rend immortel, parce que ton talent, tes émotions le font vivre. Tu survis au piano. »

Et le citron survit au verre, au liquide.

Le citron est une cathédrale.

La cathédrale une corbeille.

Et ainsi rien ne meurt.

L’art est doublement immortel.


Il s'agit ici de la version longue de ma participation à la 44ème consigne de Paroles Plurielles :
sur cette photo de Bellesahi

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02 avril 2007

Du Temps pour Autrui

Gilbert_Garcin

Voici ma participation à la 43ème consigne de Paroles Plurielles :
sur cette photo de Gilbert Garcin, écrivez un texte dont l'incipit sera :
J'ai presque une heure d'avance...

(Edit 18 mai 2007 : ce texte, publié sous mon pseudonyme internet Querelle, a été selectionné par Gilbert Garcin pour figurer sur son site internet, dans la catégorie textes de son site internet.)

***

J’ai presque une heure d’avance, mais je ne suis pas là, pas là encore pour toi, et disposé à l’être. Mon corps m’a précédé dans cette démarche de te voir, de t’entrevoir, de te confronter. Autour de moi les plates symphonies de la vie urbaine, ces multiples sons qui bourdonnent, s’enchevêtrent, ces mille et un bruits de pas claquant contre l’asphalte, qui m’entourent,

qui m’oppressent.

Procession : dix mille chaussures et moi silencieux au milieu, dans ce désert bruyant. Extension de moi-même à l’infini, dans les regards que je jette dans le vide, pour t’apercevoir, et sur ma montre, qui n’a plus de cadran, car l’heure s’est dissolue dans l’attente même qui l’a créé, sur ma montre qui n’est plus qu’une surface plane apposée à mon poignet.

«  Monsieur, me dit une femme, voici vos chaussures. Vous les avez enlevées, il me semble. »

Je ne comprends pas ce qu’elle me dit, parce que je ne la vois plus, du moins telle que je devrais la voir : elle est devenue bruit, elle est devenue chaussure dès lors qu’elle s’est tue, s’est éloignée de moi, la chair dissolue dans l’espace béant.

Néantisation :

Autour de moi, le monde s’est effondré d’un brusque mouvement circulaire. Planétaire.

Néantisation de ne voir plus les chairs et des uns et des autres, mais tout d’abord leurs chaussures, leurs pantalons et des montres sans cadrans flotter dans l’espace, étrange circonvolution.

J’ai compris pourquoi j’étais en avance :

                                               Je ne voyais plus les autres

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07 mars 2007

L'enfer enfin

Vous êtes plusieurs à m'avoir demandé si ce blog était "mort" : il ne l'est pas.

Je vous annonce la (re)création de mon journal intime mais non confidentiel, qui en fait le pendant :

QUERELLE.

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20 juillet 2006

La fenêtre

humain

C’est assis au bord de la fenêtre, close et pourtant ouverte aux mondes, que je promène cette heure de moi-même, à m’accomplir en pensée, le regard perçant au travers du double vitrage  le paysage cruel d’un été oppressant : herbe jaunie, rêche comme les poils d’un animal qu’on aurait trop daigné pour cela même qu’il n’est pas la douceur incarnée, un sycomore allongé, terrassé par de violents orages, au sommeil altier, langoureux pour le va et vient même des insectes, qui se promènent sur lui avec toute cette candeur mécanique et simulée qu’on apprécie tant chez eux et chez la veuve noire, et le pigeon, le chien.

Le chien ? Celui-là même qui court après le bâton lancé par un maître invisible : il n’y a qu’un chien, il n’y a qu’un maître et pourtant tellement d’esclaves dans ce monde, de l’eau prisonnière de son cour (OM) du vent, menaçant de s’éteindre un jour, pour renaître ailleurs (OM), à la femme morte qui ne se réveillera plus, cachée sous terre (OM ?) au petit étourneau qui traîne sa ritournelle gracile le long des sentiers (OM !), condamnés eux-mêmes aux pas sinistres des hommes, aux mégots, aux crachats, multitude de déchets (OMEGA).

Je pense à certaines choses qui s’ordonnent un peu ainsi dans mon silence, malgré les lumières du jour, les bruits de mon corps qui me rappellent toujours un peu à cette vie consommée peu à peu dont voici, de manière imagée, l’amer constat :

Telle est la fenêtre de mon esprit. Et le monde, oui, le monde, n’est rien d’autre qu’une Olive.

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06 juillet 2006

Unsexy cam

maindroire

Il vous parle comme ça de la pluie et du beau temps, il vous parle des riens et des tous, parfois fait semblant, quand soudain, se réveille son coté animal, sexuel et fauve. Il ouvre la fonction S et la fonction M derrière son moniteur, improvise sans soumission des scénarios qui dépassent l’entendement et les expériences fugaces des camionnettes de Perrache, qui se monnayent dans l’obscurité discrète, entre deux bouches et quatre yeux qui ne sont pas les seuls orifices en présence.

Certes. Mais tout cela ne serait être autre chose que des mots et les mots ont des pouvoirs autrement efficaces que les actions. Et quand tu me dis que tu te prêterais avec ma personne au jeu du SM, il m’arrive de croire que la seule chose que tu désires est un câlin minable, au pire une petit pincement anodin, un crachotement sur tes lèvres grossières. Et pour cela même, dans un geste nonchalant, tu allumes ta cam et montre ton corps à l’inconnu qui refuse de se révéler à toi, ton torse découpé judicieusement, avantagé par les pixels grossiers d’une camera bon marché, offerte avec pour seul plaisir l’idée de te montrer, de dévoiler ce qui règne en dessous de ce torse coupé par un cadrage maniaque, la source de tous tes plaisirs, car tu n’intronises pas celui qui pourrait t’apporter les joies que tu convoites. Sombre connasse dont le plaisir est égoïsme.

Mais tu te mets en position, avec maladresse certes, dévoile ton sous-vêtement comme périmé par les ans, qui te donne une allure paysanne et ne laisse en rien deviner ce qui se cache, dessous, la profond : un phallus, une bite, ainsi qu’une paire de couille, tout cet attirail, ces breloques de chair que tu devras agiter mollement, et plus si affinité, pour celui dont tu es le dépositaire, une fois dévêtus de tous tes oripeaux. Et un et deux et trois, que vole l’étoffe, enfin glisse le long de tes cuisses, pour disparaître hors champ, parmi dieu sait quel tapis miteux recouvert d’acariens. Tu caches désormais ton sexe avec ta main, relève la caméra comme un robot et adresse un sourire satisfait à cet homme invisible, dont tu ne connais pas les réactions, mais les suppose dans tout ton égocentrisme.

Le plaisir que tu fais durer ne parle pas à mes sens, mais gonfle mon membre de curiosité. Sauras-tu, l’inconnu, redoubler d’imagination ? Les minutes ont passées ainsi dans ce jeu du dévoilement, de l’attente, jeu sibyllin, hormonal d’une parfaite dilettante, sans qu’aucune des fonctions S et M ne soient en phase avec l’image même que tu reflètes, comme si les lois physiques auxquelles tu t’assujettis dans ton action avait cédées au mental quelque chose de tribal et d’essentiel, de binaire et d’haletant. Tout cela, effectivement, qui te mène à l’action de branler sommairement et lourdement ta queue.

Je préférai à cela les mots… ou bien le contact réel d’une peau. Il va falloir éteindre cette fenêtre, cette caméra qui dévoile une solitude parfaite, comme on éteint la lumière avant de se coucher, dans l’attente d’un jour meilleur et rejouer au mental les plus belles fantaisies.

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28 juin 2006

Defiançaille

deuxfaces

D’un air reconnu, aux oreilles parvenu comme ça, tout simplement, alors que bat le vent, déchirant l’espace, que, sombre, la nuit s’implante sur les mondes du dehors, une foret hostile, un jardin docile, ténèbres naissantes, je savoure l’instant de te regarder, dans toute ta naïveté, l’enfant qui se cache en l’homme que tu es, l’homme qui ne connaît pas cet enfant qui repose en lui. Sieste grenadine. Tu me parles parfois au détour d’un couloir. Tu me contournes parfois dans des pièces grandes et vides, tournant autour de ce que tu crois être moi : mon corps, mon écorce, car tu ne me connais pas, malgré les jours qui passent, malgré les vies qui passent, les onirismes narrés pour ta seule curiosité, la satisfaction tout simplement de t’aimer, pure et idéale.

Cette chanson, je la reconnais, mais ne la connais pas et tu fredonnes à l’instant les paroles d’une façon bien curieuse qu’elle semble t’appartenir d’une façon que je ne saurai saisir. Sans doute avons-nous dansé dessus lors de notre rencontre, dans une discothèque sombre et fatale, aux milieux de tous ses clichés qui animent des nuits éphémères et ressemblantes, mais je te répondrai que tous les jours c’est une rencontre, surtout avec toi.

Sans doute avons-nous fait l’amour un jour, dans nos draps doux et blancs, la chorégraphiant à notre insu alors que nos corps se pénétraient, qu’elle était la voix d’un prête permettant cette union. Mais je te répondrai que ces unions se multiplient comme des pains, que les peupliers sèment au vent bien plus que de raison.

Alors tu t’enfermes dans un monde de silence, aux portes de cristal que je ne peux briser, avec tout ce que mes muscles comprennent de force. Tu discernes dans ce prisme déformant de ta propre conscience un être qui frappe et frappe sans relâche cette porte que tu t’ai plu à créer, avec aux yeux une larme qui point, qui coule sur son menton, et s’en extrait, pour retomber sur le cuir noir de ses chaussures trop propres pour être neuve, éclaboussant le cristal de la porte, laquelle finalement cède et s’ouvre en grand. La musique s’arrête alors, grandiose en son decrescendo, vibrant une dernière fois parmi les strass. Et la vie de reprendre son cours.

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26 mai 2006

No red letter

rougletr

« Le téléphone ne sonne pas et donc, matériellement, tu es mort, hors de champ, hors caméra, pas même une voix off mais tu ne cesses malgré tout de grandir en moi, de m’attirer fatalement, et moi, laissé sans envie de nourrir mon corps d’une autre façon que ces images de toi, je n’ai de cesse de repousser ces idées de toi, d’un nous, je tente en vain  - car il est vain de lutter contre ce qui est pur - de me forcer à devenir aussi hermétique qu’un tupperware, d’enclore à jamais ce que je ressens pour toi. Et l’heure, aux mécanismes formatées par les hommes, ne cesse de défiler sans que la moindre sonnerie vienne me sortir de cette torpeur même dans laquelle mes envies me plongent instamment, une attente non maîtrisée, alors que plein ciel dehors, un soleil électrique et perçant déchire l’asphalte, les gens respirent, s’activent, grouillent comme des insectes lourds et fatigués, perpétuent des idées de coït dans des regards insanes propres à séduire des cœurs non épris, ou impurs. »

Ceci pourrait être une lettre pour toi, une ébauche, quelque chose du genre que j’oserai donner à quelqu’un de commun afin qu’il te la fasse parvenir sous pli discret, selon un principe courtois, d’un autre age qui avait des charmes bien plus amples que ceux, pervertis et soit disant libéraux, de notre ère matérialiste, immédiate et froide. Mais je ne sais écrire ce genre de lettres, je ne connais pas cet intermédiaire magique,  et ne possède pas non plus le moindre morceau de papier indiquant ton adresse. La technologie qui m’entoure ne me permet pas de t’atteindre - que le mot est vil - d’une façon autre qui soit plus élevée qu’un dialogue maintenu par des fils électriques qui courent et s’enchevêtrent sous terre comme des vers de terres méthodiques, allongés et endormis à jamais, comme des belles au bois dormants que des voix ne font pas vibrer, alors qu’une lettre émeut, fait pleurer ou, tel un couteau par trop aiguisé, coupe l’épiderme, fait perler le sang, provoque une douleur que les mots peuvent guérir car toute parole peut guérir, tout autant que détruire.

Il serait de rigueur que le siécle dans lequel nous sommes plongés soit réellement ce siècle spirituel qu’on nous a promis, non plus cette entité putride et matérielle navrante qui asservi l’homme. Qu’on ouvre les fils de la télépathie, sans même se brouiller les uns les autres, qu’on ressente les choses sans même dire un mot, baignés dans un magnétisme diffus que la sagesse même pourrait canaliser. Tu ressentirais ainsi, sans la moindre incertitude, mon amour pour toi.

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16 mai 2006

Arithmétique du galet

plageseul

Sur la plage avec toi, au coin des arbres mais ton cœur je ne l’entends pas battre. Je suis avec toi, à tes cotés et nous parlons lentement, parce que couchés, le temps inévitablement arrêté pour nous en ces lieux paisibles, autour d’hommes étrangers qui pourraient partager nos couches, moins que nos couchers de soleil. Tu es là, je suis là et tout n’est qu’absence. Les silences sont lourds et profonds parfois, l’étendue bien trop paisible en cet après midi. Deux nageurs parfois brassent la masse de liquide, giclées rapides bravant un vent qui aime à se taire, se fait caressant sur nos peaux veloutées par la crème solaire.

Tu enlèves ton slip pour te baigner, nu, un instant. Je regarde tes fesses s’enfoncer dans l’eau fraîche. Tu ne te précipites pas, mais tu n’hésites pas non plus. Tu t’engouffres avec sagesse. Ton corps plonge dans l’élément et tu sors aussitôt de la masse plate que tu as animé, cache de ta main ton sexe lorsque tu arrives face à moi, qui te regarde, perdu un labyrinthe de pensées. L’eau impure du lac perle sur ton corps, comme des petites gouttelettes prêtes à éclater, capturées par ta crème solaire dont l’indice n’est finalement pas si important. Je formule en moi-même un moment le souhait de te sécher avec ma serviette, la tienne, ou ma langue, pour éviter que tu attrapes froid : le soleil est capricieux, sa course se poursuit au détriment des nuages, qui le malmène. Tu te sèches et t’allonge de nouveau à coté de moi, présence délicieuse.

Je jette trois galets dans l’eau, du plus loin que je peux. Et en ramène un à mon insu, perdu dans ma serviette. Découverte qui prolonge le plaisir de la veille au lendemain.

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04 mai 2006

Térébenthine

tereressence

Extase des sens, lourdeur du cerveau ouvrant l’opacité d’une journée avortée à gésir sur le canapé, à l’ombre des murs beiges et blancs rayonnants et absurdes. Térébenthine, je te sens, te ressens jusqu’à la moelle et ce que mon cerveau te donne en accès de moi, l’immédiat des sensations, à jamais me semble perdu, paradis nauséeux. Tu ourles le vide, perce l’opercule, réchauffe mes organes lacérés par le silence d’une journée béante et avortée, quid de l’immobilisme, agencement des fantasmes, impose sans simulacres ta loi odoriférante.

Aujourd’hui, Térébenthine, suite à tes méfaits sur les neurones, les synapses, les agencements mentaux ont chancelés et certaines chaînes permettant aux pensées de se développer, de se recouper, de progresser, d’analyser, de comparer, tout comme la propension au corps d’aspirer sa course folle à la vie, tout cela même par ta seule présence se serait brisé, décadenassé, sous le joug puissant de ta chancellerie. La roue de la fortune s’est déclarée prise au piége dans son arcane terriblement statique, en position 2, harcelée par ton artillerie plus forte que la poudre à canon. Opium des pauvres.

Emprise sur le cerveau, lourdeur fatale de l’extase, je retombe enfin. Enfin ?

Je suis et demeure en tout état de cause, à cette heure tardive, ton esclave et même si, parfois tu vacilles, je sais à mon corps pendu et lent que tu es encore là, stagnant, victorieuse, entre les quatre murs du salon, de la salle de bain, comme une menace sourde : je t’ai senti à chaque instant, malgré d’instables courants d’air, faisant vibrer langoureusement ta robe comme un cheval mort au long d’une journée gouvernée par ta seule présence, tes emprises méphitiques et terriblement douces.

Térébenthine, tu as cependant ouvert l’angoisse de la page blanche.

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