19 avril 2009
Les Amants
C’est avec parcimonie qu’il
caressait les hommes, préférant les chevaux, qu’il montait à loisir, dans des
plaines immenses, aux palanques blanches, filant à se fondre en filaments
gris, dans l’azur morne du printemps, laissant derrière lui l’amant esseulé,
sur des drapés de fruit.
Quand l’aube rieuse se
levait entre eux, il préparait la noire boisson dont ils se gorgeaient, debout,
face à face, et sans dire un mot. C’est qu’ils venaient simplement d’essuyer
sur leurs corps élastiques les perles de la nuit et qu’il fallait du temps,
beaucoup de temps, avant de se séduire à nouveau.
A quoi pensaient-ils, dans
ce silence profond comme la pierre, à se faire monuments, temples funéraires
aux corps évidents, plantés comme deux bières, se toisant, défunts jusqu’au
sexe, nus sous le regard inquisiteur d’un ordinateur, déjà allumé et relié - le
vain enchantement - aux miasmes et à l’infini ?
Fiction :
Nous serons deux paysages émouvants dans le ciel exalté, à l’heure où descendent six pieds sous terre nos corps aux sucs viciés, aux mécanismes vains et arrêtés. Telles deux lumières, nous gorgerons la nue des capiteux désirs qui nous assemblent, pour former un nouvel Orion, onctueux et gracile, dans le sein moiré et profond de l’Univers.
FIN

