Le journal inversé

Eros et Thanatos... Confessions, reflexions, inepsies, labyrinthes, tranches de vie de l'écrivain Nicolas Raviere.

30 juillet 2008

La Pénitence Amoureuse

Pauline adopta un oiseau, un oiseau merveilleux car brisé, qu’elle ramassa sur les racines d’un arbre, solitaire et démembré.

Pauline protégea le petit moineau et se promit de le guérir, lui donnant chaque jour à boire, à manger, avec la dévotion d’une mère envers un nouveau né.

Pauline décida de l’appeler : Bébé.

Les semaines passèrent et l’oiseau adopta Pauline, qui le protégeait toujours ; il lui semblait même qu’il l’appelait en sifflotant, quand elle était loin de lui.

Quant à elle, jeune demoiselle, elle était heureuse, heureuse de cette amitié sincère, heureuse d’être mère, de cette reconnaissance : lorsqu’elle apparaissait devant Bébé, ses grands yeux de moineau brillaient.

Bébé et Pauline étaient les plus heureux de la terre.

Amour, amour, elle était devenue sa mère, elle, la jeune Pauline, qui le nourrissait de petits vers, d’insectes minuscules qu’elle glanait précieusement, dans les méandres du jardin, qu’elle connaissait par cœur, pour y passer ses journées, son enfance - avant qu’elle ne trouve Bébé, contre les racines du grand chêne, malade et apeuré. Il lui semblait que c’était autrefois !

Cependant, Bébé grandissait. Bébé sentait qu’il était temps pour lui de s'envoler, de quitter cette petite prison : vivre alité dans un verre d’eau n’est jamais confortable, même pour un oisillon. Bien sûr, il aimait Pauline, mais il ne pouvait lutter contre cet instinct qui lui faisait battre les ailes, à tout rompre. Il ne parvenait pas à contenir cette folie mécanique qui brisait à chaque instant ses ailes contre la paroi du verre, jusqu’à ce que la douleur se fasse telle qu’il tombe d’épuisement. Cliquetis, cliquetis.

Bébé avait beau piailler, Pauline ne comprenait pas ce qu’il voulait. Elle en pleurait, à le voir ainsi se faire souffrir. Elle en versait, Pauline, des larmes acides, le soir venu, avant que de s’endormir. Qu’il maigrisse et reprenne son apparence chétive, maladive, l’attristait tant que sa mère s’inquiéta à son sujet. Elle-même, la pauvre enfant, en perdait la santé.

Elle lui dit ceci, en la bordant un soir : « c’est un oiseau sauvage, il veut voler. Si tu ne lui rends pas sa liberté, il finira par mourir. »

Pauline eut du mal à comprendre les paroles de sa mère. La seule chose qu’elle désirait, après tout, c’était de garder bébé, de le garder pour toujours, de le nourrir, de l’aimer, de le chérir, jusqu’à ce que la mort les sépare. C’est ainsi qu’elle lui donna, un matin, le plus gros insecte qu’elle trouva. Il ne mit pas longtemps à gésir, Bébé, dans son petit verre d’eau.

Epilogue : 

Pauline, avec une cuillère à soupe, enterra l’oisillon sous les racines du grand chêne, versa une larme sur sa tombe - une boite d’allumette - avant que de l’ensevelir. Adieu, petit moineau, dit-elle du bout des lèvres, en étouffant de vifs sanglots. Et puis, quand ce fut fini, elle l’oublia, Bébé, elle l’oublia pour toujours, et lui et ce petit cimetière.

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