30 juillet 2008
La Pénitence Amoureuse
Pauline adopta
un oiseau, un oiseau merveilleux car brisé, qu’elle ramassa sur les racines
d’un arbre, solitaire et démembré.
Pauline
protégea le petit moineau et se promit de le guérir, lui donnant chaque jour à
boire, à manger, avec la dévotion d’une mère envers un nouveau né.
Pauline décida
de l’appeler : Bébé.
Les semaines
passèrent et l’oiseau adopta Pauline, qui le protégeait toujours ; il lui
semblait même qu’il l’appelait en sifflotant, quand elle était loin de lui.
Quant à elle,
jeune demoiselle, elle était heureuse, heureuse de cette amitié sincère,
heureuse d’être mère, de cette
reconnaissance : lorsqu’elle apparaissait devant Bébé, ses grands yeux de
moineau brillaient.
Bébé et Pauline
étaient les plus heureux de la terre.
Amour, amour,
elle était devenue sa mère, elle, la jeune Pauline, qui le nourrissait de
petits vers, d’insectes minuscules qu’elle glanait précieusement, dans les
méandres du jardin, qu’elle connaissait par cœur, pour y passer ses journées,
son enfance - avant qu’elle ne trouve Bébé, contre les racines du grand chêne,
malade et apeuré. Il lui semblait que c’était autrefois !
Cependant, Bébé
grandissait. Bébé sentait qu’il était temps pour lui de s'envoler, de quitter cette
petite prison : vivre alité dans un verre d’eau n’est jamais confortable, même
pour un oisillon. Bien sûr, il aimait Pauline, mais il ne pouvait lutter contre cet instinct qui lui
faisait battre les ailes, à tout rompre. Il ne parvenait pas à contenir cette
folie mécanique qui brisait à chaque instant ses ailes contre la paroi du
verre, jusqu’à ce que la douleur se fasse telle qu’il tombe d’épuisement.
Cliquetis, cliquetis.
Bébé avait beau
piailler, Pauline ne comprenait pas ce qu’il voulait. Elle en pleurait, à le
voir ainsi se faire souffrir. Elle en versait, Pauline, des larmes acides, le
soir venu, avant que de s’endormir. Qu’il maigrisse et reprenne son apparence
chétive, maladive, l’attristait tant que sa mère s’inquiéta à son sujet.
Elle-même, la pauvre enfant, en perdait la santé.
Elle lui dit
ceci, en la bordant un soir : « c’est un oiseau sauvage, il veut voler. Si tu
ne lui rends pas sa liberté, il finira par mourir. »
Pauline eut du mal à comprendre les paroles de sa mère. La seule chose qu’elle désirait, après tout, c’était de garder bébé, de le garder pour toujours, de le nourrir, de l’aimer, de le chérir, jusqu’à ce que la mort les sépare. C’est ainsi qu’elle lui donna, un matin, le plus gros insecte qu’elle trouva. Il ne mit pas longtemps à gésir, Bébé, dans son petit verre d’eau.
Epilogue :
Pauline, avec
une cuillère à soupe, enterra l’oisillon sous les racines du grand chêne, versa
une larme sur sa tombe - une boite d’allumette - avant que de l’ensevelir. Adieu,
petit moineau, dit-elle du bout des lèvres, en étouffant de vifs sanglots. Et
puis, quand ce fut fini, elle l’oublia, Bébé, elle l’oublia pour toujours, et
lui et ce petit cimetière.
Commentaires
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=113410&pid=10086670
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :

