21 juillet 2008
Les Métamorphoses de la Vierge
Il n’est pas de
vertige plus doux qu’un baiser qui s’immisce, au goût de fer, de sang, lèvres
mordues, en des décors vides qui défient l’imagination : des murs écrémés, des
draps blancs, étendus à l’infini, bardés de deux corps en croix, cimetière
amoureux. La nudité de la pierre, la présence des Chairs. Sur une table basse,
un vase sumérien darde, phalloïde évasé, l’orchidée déchirée par le désir,
fissure lente et cruelle par laquelle s’écoule la sève glutineuse de mon désir
perdu, écumant le crépuscule.
Je le porte à
mes lèvres, ce suc étrange, et je vous
regarde, expiant mes crimes par la délectation que vous offrez à ma vue ; la
respiration de vos corps, cependant, trahit la photographie. Et l’œil oblique,
par delà la fenêtre, au sens du vent qui file à l’horizon. Vous rejoindrais-je
un jour, par delà le champ infini de ma vision ? Je sens ta langue agglutinante
infuser mes sens, de la sphère aux hémisphères et tes énigmes qui se défont
comme des nœuds, seconde par seconde, térébrante vibration ; la mort subite et
cruelle des origamis, la disparition lente et nocturne des ombres chinoises
amarrent la nuit et silence, l’achèvement.
Et, tandis que
vos corps se détachent, je me sépare de mon siamois, pour rejoindre ma
contemplation : un lingam cunéiforme tranchant le soleil, dont le rayon est
lame, éclate des larmes, vapeurs de nuage, trouant l’inquiétude du ciel gris,
effleurant comme une lame la gibbeuse, miroir lacrymal.
Monologue d’une vestale devant son temple, qu’ourle le crépuscule
coupable de la chambrée : A
l’homme qui est parti, j’ai dit : tu ne sauras rien ; à celui qui
entrera : tu n’en sauras rien ; car chacune de mes évections est une
éviction.
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