05 juillet 2008
La Maison des Rêves
(Ci dessous la version complète de ma participation à l'atelier d'écriture virtuel Paroles Plurielles, consigne 55. Version courte ICI)
Maison au luxe baroque, où
traînent des créatures demi-nues, alanguies sur des sofas purpurins, aux
attentes prodigieuses d’amour éphémère. Antre de tous les crimes et j’avoue non
sans honte m’y vautrer, insondables délices : hommes et femmes affichent tant
de désirs, ardents comme des braises, corps étendus vers les flammes de la
cheminée, sous un grand lustre de cristal, dans l’abandon de soi le plus
dérangeant et l’âcre odeur de leurs désirs perdus.
Certains portent des
masques, ressuscitant Venise au-delà de leur chair, exposent cependant leurs
sexes à cette fête troublante, bien en dessous de leurs bustes affûtés pour
l’amour, là où la musique, impériale et sonore, bat son plein, tonitruante,
comme autant de notes de cristal qui déchirent l’espace, les plaintes lénitives
de l’abandon multiplié.
Mais je m’égare dans ce
dédale de couloirs, au premier, second étage, ouvrant une à une les portes pour
découvrir qui de ces amants et amantes perdues en ce labyrinthe feutré sera mon
idéal, mon suivant, mon féal : dans une curieuse bibliothèque, miteuse et
décrépie, un jeune femme de haute taille, vêtue d’une ocre tunique que condamne
une ceinture de nubuck cloutée. Ses boucles d’or sont celle d’un prince, sa
moue, celles d’une ingénue, improbable actrice ou mannequin, à l’innocence
feinte de l’été meurtrier.
*
Les deux jeunes gens se
regardent, au milieu de ces précieuses rangées de livres vermoulues, aux
reliures dorées, dont l’odeur âcre se mélange à celle de leurs ceintures
grandissantes. Ils comprennent aussitôt à leur ceinture étrange l’impossibilité
de s’aimer.
Ils voient, dans les vitres
de leurs regards vitreux, combien l’amour naît entre eux, que le rêve condamne
déjà, désirent s’en échapper, trouver de l’autre la clé qui leur ouvrira
l’amour, pour se dépecer du nubuck qui recouvre leurs corps, s’adonner l’un à
l’autre sous la lumière blanche et glacée de l’hiver. Se dévêtir de ces
oripeaux dont les serrures, sur leurs chairs oppressées, prohibent les
voluptés, l’exercice de l’amour, au plus haut degré de la liberté.
Seule, la fenêtre de la
bibliothèque accueille leur regard, offrant la vision d’un étrange mais triste
escalier bleu et, bien au-delà, bien avant le seuil de l’étrange maison, des
taches de neige, comme celles qu’il aurait pu déposer en son ventre, font
naître, à mesure qu’elles s’évaporent dans l’air glacé, des gerbes éclatantes
de verdure - ce pourquoi, ne pouvant souffrir le froid de l’hiver ou les privations
d’un cœur doré, il lui confia solennellement les clefs de la maison.
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