Le journal inversé

Eros et Thanatos... Confessions, reflexions, inepsies, labyrinthes, tranches de vie de l'écrivain Nicolas Raviere.

05 juillet 2008

La Maison des Rêves

(Ci dessous la version complète de ma participation à l'atelier d'écriture virtuel Paroles Plurielles, consigne 55. Version courte ICI)


Maison au luxe baroque, où traînent des créatures demi-nues, alanguies sur des sofas purpurins, aux attentes prodigieuses d’amour éphémère. Antre de tous les crimes et j’avoue non sans honte m’y vautrer, insondables délices : hommes et femmes affichent tant de désirs, ardents comme des braises, corps étendus vers les flammes de la cheminée, sous un grand lustre de cristal, dans l’abandon de soi le plus dérangeant et l’âcre odeur de leurs désirs perdus.

Certains portent des masques, ressuscitant Venise au-delà de leur chair, exposent cependant leurs sexes à cette fête troublante, bien en dessous de leurs bustes affûtés pour l’amour, là où la musique, impériale et sonore, bat son plein, tonitruante, comme autant de notes de cristal qui déchirent l’espace, les plaintes lénitives de l’abandon multiplié.

Mais je m’égare dans ce dédale de couloirs, au premier, second étage, ouvrant une à une les portes pour découvrir qui de ces amants et amantes perdues en ce labyrinthe feutré sera mon idéal, mon suivant, mon féal : dans une curieuse bibliothèque, miteuse et décrépie, un jeune femme de haute taille, vêtue d’une ocre tunique que condamne une ceinture de nubuck cloutée. Ses boucles d’or sont celle d’un prince, sa moue, celles d’une ingénue, improbable actrice ou mannequin, à l’innocence feinte de l’été meurtrier.

 

*

 

Les deux jeunes gens se regardent, au milieu de ces précieuses rangées de livres vermoulues, aux reliures dorées, dont l’odeur âcre se mélange à celle de leurs ceintures grandissantes. Ils comprennent aussitôt à leur ceinture étrange l’impossibilité de s’aimer.

Ils voient, dans les vitres de leurs regards vitreux, combien l’amour naît entre eux, que le rêve condamne déjà, désirent s’en échapper, trouver de l’autre la clé qui leur ouvrira l’amour, pour se dépecer du nubuck qui recouvre leurs corps, s’adonner l’un à l’autre sous la lumière blanche et glacée de l’hiver. Se dévêtir de ces oripeaux dont les serrures, sur leurs chairs oppressées, prohibent les voluptés, l’exercice de l’amour, au plus haut degré de la liberté.

Seule, la fenêtre de la bibliothèque accueille leur regard, offrant la vision d’un étrange mais triste escalier bleu et, bien au-delà, bien avant le seuil de l’étrange maison, des taches de neige, comme celles qu’il aurait pu déposer en son ventre, font naître, à mesure qu’elles s’évaporent dans l’air glacé, des gerbes éclatantes de verdure - ce pourquoi, ne pouvant souffrir le froid de l’hiver ou les privations d’un cœur doré, il lui confia solennellement les clefs de la maison.

 

Posté par Querelle à 17:16 - La veillée - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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