20 juillet 2006
La fenêtre

C’est assis au bord de la fenêtre, close et pourtant ouverte aux mondes, que je promène cette heure de moi-même, à m’accomplir en pensée, le regard perçant au travers du double vitrage le paysage cruel d’un été oppressant : herbe jaunie, rêche comme les poils d’un animal qu’on aurait trop daigné pour cela même qu’il n’est pas la douceur incarnée, un sycomore allongé, terrassé par de violents orages, au sommeil altier, langoureux pour le va et vient même des insectes, qui se promènent sur lui avec toute cette candeur mécanique et simulée qu’on apprécie tant chez eux et chez la veuve noire, et le pigeon, le chien.
Le chien ? Celui-là même qui court après le bâton lancé par un maître invisible : il n’y a qu’un chien, il n’y a qu’un maître et pourtant tellement d’esclaves dans ce monde, de l’eau prisonnière de son cour (OM) du vent, menaçant de s’éteindre un jour, pour renaître ailleurs (OM), à la femme morte qui ne se réveillera plus, cachée sous terre (OM ?) au petit étourneau qui traîne sa ritournelle gracile le long des sentiers (OM !), condamnés eux-mêmes aux pas sinistres des hommes, aux mégots, aux crachats, multitude de déchets (OMEGA).
Je pense à certaines choses qui s’ordonnent un peu ainsi dans mon silence, malgré les lumières du jour, les bruits de mon corps qui me rappellent toujours un peu à cette vie consommée peu à peu dont voici, de manière imagée, l’amer constat :
Telle est la fenêtre de mon esprit. Et le monde, oui, le monde, n’est rien d’autre qu’une Olive.
06 juillet 2006
Unsexy cam

Il vous parle comme ça de la pluie et du beau temps, il vous parle des riens et des tous, parfois fait semblant, quand soudain, se réveille son coté animal, sexuel et fauve. Il ouvre la fonction S et la fonction M derrière son moniteur, improvise sans soumission des scénarios qui dépassent l’entendement et les expériences fugaces des camionnettes de Perrache, qui se monnayent dans l’obscurité discrète, entre deux bouches et quatre yeux qui ne sont pas les seuls orifices en présence.
Certes. Mais tout cela ne serait être autre chose que des mots et les mots ont des pouvoirs autrement efficaces que les actions. Et quand tu me dis que tu te prêterais avec ma personne au jeu du SM, il m’arrive de croire que la seule chose que tu désires est un câlin minable, au pire une petit pincement anodin, un crachotement sur tes lèvres grossières. Et pour cela même, dans un geste nonchalant, tu allumes ta cam et montre ton corps à l’inconnu qui refuse de se révéler à toi, ton torse découpé judicieusement, avantagé par les pixels grossiers d’une camera bon marché, offerte avec pour seul plaisir l’idée de te montrer, de dévoiler ce qui règne en dessous de ce torse coupé par un cadrage maniaque, la source de tous tes plaisirs, car tu n’intronises pas celui qui pourrait t’apporter les joies que tu convoites. Sombre connasse dont le plaisir est égoïsme.
Mais tu te mets en position, avec maladresse certes, dévoile ton sous-vêtement comme périmé par les ans, qui te donne une allure paysanne et ne laisse en rien deviner ce qui se cache, dessous, la profond : un phallus, une bite, ainsi qu’une paire de couille, tout cet attirail, ces breloques de chair que tu devras agiter mollement, et plus si affinité, pour celui dont tu es le dépositaire, une fois dévêtus de tous tes oripeaux. Et un et deux et trois, que vole l’étoffe, enfin glisse le long de tes cuisses, pour disparaître hors champ, parmi dieu sait quel tapis miteux recouvert d’acariens. Tu caches désormais ton sexe avec ta main, relève la caméra comme un robot et adresse un sourire satisfait à cet homme invisible, dont tu ne connais pas les réactions, mais les suppose dans tout ton égocentrisme.
Le plaisir que tu fais durer ne parle pas à mes sens, mais gonfle mon membre de curiosité. Sauras-tu, l’inconnu, redoubler d’imagination ? Les minutes ont passées ainsi dans ce jeu du dévoilement, de l’attente, jeu sibyllin, hormonal d’une parfaite dilettante, sans qu’aucune des fonctions S et M ne soient en phase avec l’image même que tu reflètes, comme si les lois physiques auxquelles tu t’assujettis dans ton action avait cédées au mental quelque chose de tribal et d’essentiel, de binaire et d’haletant. Tout cela, effectivement, qui te mène à l’action de branler sommairement et lourdement ta queue.
Je préférai à cela les mots… ou bien le contact réel d’une peau. Il va falloir éteindre cette fenêtre, cette caméra qui dévoile une solitude parfaite, comme on éteint la lumière avant de se coucher, dans l’attente d’un jour meilleur et rejouer au mental les plus belles fantaisies.

