Le journal inversé

Eros et Thanatos... Confessions, reflexions, inepsies, labyrinthes, tranches de vie de l'écrivain Nicolas Raviere.

19 mars 2006

Les fleurs

linda_blair


Un jour pas fait comme un autre, parce que c’était écrit, nous sommes allés cueillir des fleurs, de belles fleurs, ce qu’il y’a de plus beau en bas monde. Nous avons commencé à cueillir ses petits êtres graciles sans ressentir particulièrement cette notion d’amour qui existe ou devrait exister en chacun de nous. Ces fleurs nous les nommerons « tulipe et lys ». Parce qu’il faut les nommer sinon elles n’existent plus de la même façon et ne peuvent plus représenter autre chose qu’elles-mêmes.
Je t’ai signifié, lors de la cueillette, que tu devrais peut-être aller un peu plus loin, t’enfoncer dans le bois, pour trouver de nouveaux spécimens et tu m’as dit :

« J’ai peur d’y aller seule. »
Menteuse… Tu souhaitais tout simplement qu’on passe chaque moment ensemble. Je me devais donc de dire, d’une voix rassurante, en te prenant la main :
« Mais tu n’es pas seule, je viens avec toi si tu veux. »

Je t’ai donc pris par la main. Tu étais si heureuse dans ta robe toute sale. Un sourire radieux illuminait ton visage rond et bouffi, cerné par des cheveux gras qui coulait le long de tes oreilles. Le soleil t’envoyait ses plus beaux rayons et tu le lui rendais bien.
Je ne souriais pas, je ne pouvais pas sourire. Sourire est une notion que j’ignore, pour l’avoir perdue un jour, au hasard d’un jeu terrible. De ce jeu, le souvenir pénible à mon cœur est disparu à jamais. Tu posai, contemplant mes yeux vairons, tes doigts sales sur ma pâle figure et me caressait, lentement, me froissait l’épiderme avec les toutes ses vaines délicatesses de l’amour :

« Même dans la foret, tu n’es pas heureux ? Avec moi ? Le bruit de nature… »
Je ne répondis pas à ses interrogations futiles. Les réponses ne sont pas toujours livrées avec des paroles, parce que les paroles transforment les réalités.

Nous avançâmes au plus profond des bois, là où les rayons de soleil n’osent plus s’aventurer, dans ce milieu humide et hostile où s’invente une nuit certaine, sans peur des lendemains. La pauvresse se sentit égarée à mes cotés, me serrant la main avec une poigne de fer, écrasant mes os. Elle se mit à brailler, à pleurer, à geindre, hurler.

« J’ai peur, je veux rentrer, j’ai peur, je veux rentrer, quelque chose va se passer, quelque chose va se passer. » La pluie se mit à battre fort, frappant nos visages avec ses milles mains froides comme la mort, à couler sur nos habits. Et nos habits se collaient à nos corps. Il me fallait la plaquer contre un arbre, elle criait trop, elle criait tellement la garce. Elle me regardait avec pour la première fois dans ses yeux le sentiment de peur, un sentiment terrible qui me plut à l’infini si bien que je sentis entre mes cuisses mon désir palpiter vers de nouveaux horizons vagues et monstrueux. Et elle me vit ainsi, ô tendre chérie, poupée de chair inassouvie, sourire pour la première fois de sa vie, désormais courte et misérable. Je la soulevai par la gorge, la serrant de mon poing jusqu’à ce qu’elle étouffe. Elle hurlait son pardon, elle hurlait de sa raison mille et un mot pour me suggérer la pitié. L’innocente…

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*

Il fit tomber son cadavre lourd et violacé sur les brindilles mortes et pria longuement, religieusement, implorant un seigneur dont on dit qu’il est clément et peut des miracles, pria qu’elle bouge à nouveau, qu’elle lui dise : « je te pardonne »… Il aurait aimer voir à nouveau son sourire magnifique ourler ses lèvres carmins, mais elle ne respirait plus, ne bougeait plus, ne… vivait plus… Il résigna à lui dire au revoir : tulipe et lys.

*

Personne ne les a plus jamais revu mais il parait, d’après ce que m’a dit ma mère une fois devant la cheminée, que les mandragores poussent à cet endroit. La texture de ses mandragores est particulière et l’odeur en est forte assurément. Elle m’a dit également qu’on pouvait  réussir, en les utilisant, de bons philtres d’amour.

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Posté par Querelle à 19:19 - La veillée - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Esthetiquement Beau

Splendide, :-)

Posté par Succube, 06 juillet 2007 à 22:16

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